Abandonique, définition et symptôme de la névrose de l’abandon

Le caractère abandonnique se caractérise par une exigence affective, parfois agressive, survenant même sans raison.
Cette forte revendication affective peut avoir pour origine un traumatisme infantile rappelant un abandon ou être d’origine constitutionnelle (fragilité nerveuse par exemple).

La névrose d’abandon

C’est une névrose d’abandon: Abandonnique est un terme emprunté à Charles Odier (L’angoisse et la pensée magique, Delachaux & Niestlé, 1947) et Germaine Guex (Le syndrome d’abandon, PUF), recouvrant une entité, d’ailleurs discutable théoriquement et cliniquement, qui, partant d’une base constitutionnelle (avidité affective insatiable) beaucoup plus que conflictuelle, serait constituée par une association d’angoisse, d’agressivité réactionnelle (exigences, mise à l’épreuve de l’autre pour faire la preuve de son intérêt, attitudes sadomasochistes) et de non-valorisation de soi (“non aimé parce que non aimable”), aboutissant à une “mentalité de catastrophe”.

Il apparaît difficile actuellement de maintenir l’individualisation de cet ensemble symptomatique en tant que névrose particulière à étiologie largement constitutionnelle, mais on peut reconnaître qu’il appartient à de nombreux états névrotiques (surtout de forme anxieuse), et mieux vaudrait la rattacher au cadre plus large du “sentiment d’abandon” ci-dessus décrit et reliable à la résurgence de l’angoisse primaire d’abandon.

L’adjectif abandonnique, employé par Ch. Odier et G. Guex, et parfois utilisé en substantif, peut s’appliquer plus généralement à tout enfant vivant sous l’emprise d’un sentiment ou d’une crainte d’abandon sans être réellement abandonné.

B. Penot, de son côté, pense que l’évolution vers une structuration de type psychotique est à craindre pour des enfants abandonniques traités trop tardivement.

Un vécu abandonnique, une séparation précoce et prolongée avant cinq ans dans un contexte de carence affective, ce sont là des circonstances pouvant déclencher une dépression.

De nombreux auteurs se sont intéressés à ce problème en s’appuyant notamment sur les travaux pionniers de Spitz, Bowlby. D’après une étude de Nowak et Vogl, une séparation du milieu familial (internat, colonies de vacances) chez des enfants plus âgés, même si elle n’est que temporaire, peut produire les mêmes effets.

Statten a observé 75 cas et décrit ce qu’il appelle la ” nostalgie “, définie comme “un ensemble de symptômes habituellement associés à un éloignement du domicile familial, reflétant un état latent de dépression “. Caplan et Al ont également établi qu’une séparation parentale prolongée d’au moins six mois ou un deuil, sont statistiquement plus fréquents chez les enfants dépressifs que chez les enfants souffrant d’autres troubles psychiques.

Sentiment (et crainte) d’abandon

Contenu affectif vécu plus ou moins inconsciemment sur un plan imaginaire (c’est-à-dire relevant de l’impression indistincte et non nommée, habituellement sans rapport avec une situation réelle d’abandon, parfois lié à une situation de semi-abandon, mais souvent constitué par une conviction ou une crainte irrationnelle de perdre ou d’avoir perdu l’amour des parents [Anglais: feeling of flot being loned], possiblement dans une circonstance réelle favorisante ou déclenchante, par exemple dans le cas d’attitude trop froide ou trop rigide de la mère ou de discordes parentales, à l’occasion d’une séparation fortuite ou de la venue au monde d’un frère ou d’une sœur, ou même par pur fantasme (à cause de culpabilité) ; paradoxalement, la crainte d’abandon peut aussi apparaître dans le cadre d’une hyperprotection maternelle dont l’effet est de faire redouter imaginairement comme un danger menaçant la perte de cette protection et l’accession à la non-dépendance (d’où fixation inquiète et tyrannique à la mère refus de “sevrage affectif” et “refus de grandir”, peur panique d’une possible séparation à venir).

Psychologiquement, il y a simultanément souffrance de déréliction, repli sur soi, auto- dévalorisation, tendance régressive (retour au “sein maternel” et à des positions infantiles) et tendance agressive réactionnelle, qui se manifestent plus ou moins dans le comportement.

Le problème est de l’ordre d’une frustration imaginairement ressentie ou redoutée et inacceptable, comme dans l’attente d’un abandon toujours virtuellement possible (mais dont la réalisation concrète, si par accident elle advient, s’avère sans influence sur ce sentiment ou même, paradoxalement, l’atténue, dans la mesure sans doute où l’expérience de la réalité vient alors se substituer à l’attente imaginaire).

Angoisse (primaire) d’abandon

Sans doute la plus précoce des angoisses de la petite enfance et des racines de l’angoisse en général. Elle apparaît et se manifeste (cris, pleurs, agitation, effroi) lorsqu’un besoin instinctif du petit enfant (faim par exemple) ne trouve pas sa satisfaction immédiate elle devient ensuite désarroi devant l’absence (ou la possibilité d’absence de réponse à la demande de présence de la mère ultérieurement dominée dans l’évolution, elle reparaît au fond chaque fois que l’être se trouve en désarroi devant le barrage ou la menace (historiquement d’abord externes puis intériorisés) opposés à son désir, dans le sens où celui-ci se heurte à un interdit qui, originellement, aurait eu pour sanction le retrait d’amour et l’abandon.

RÉFÉRENCE CLINIQUE (observations-types, examen psychologique, traitement): J-l. Faure et G. Chabalier, “Le sentiment d’abandon chez l’enfant”, SE., mai-juin 1952.

Sources: Vocabulaire de Psychopédagogie et de psychiatrie de l’enfant
1979, PUF.