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L'évaluation du projet individualisé Suggérer par mail
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clef.jpgL’évaluation est une étape importante au sein du processus du projet individualisé. Notons cependant, que dans la plupart des projets, c’est une étape qui est vite occultée.

En amont, un travail de clarification est à effectuer autour de l’évaluation. Il ne s’agit pas de contrôler mais d’améliorer la prise en charge des usagers.

La démarche d’évaluation des projets individualisés permettrait de s’assurer non seulement de la cohérence ou de l’adéquation entre objectifs d’une part et résultats d’autre part, mais de surcroît de l’adaptation du service éducatif à la prise en charge des usagers.

Il existe plusieurs formes de résistances de la part des professionnels vis à vis de l’évaluation :

-         La première est de type éthique. L’évaluation consisterait à « enfermer la personne dans des cases ».

-         La seconde de nature technique : nous ne pourrions pas évaluer les actions éducatives et sociales parce qu’elles relèveraient des relations humaines et seraient indicibles.

-         La troisième d’ordre idéologique : L’évaluation fournirait un outil de contrôle institutionnel à l’employeur et aux administrations.

 

Beaucoup de confusion réside autour du mot « évaluation ». Dans évaluation : il y a valeur. Nous pouvons entendre valeur marchande, valeur philosophique… Nous pourrions définir l’évaluation dans notre secteur comme un processus général d’appréciation des effets de l’action. Ce n’est pas l’usager ou ses comportements qu’il s’agit d’évaluer mais la qualité des prestations que nous lui rendons. Ce qui paraît important :

-         Nous ne pouvons pas évaluer une personne ou un objet en soi. Tout au plus, nous pouvons porter sur lui des jugements de valeur.

-         Nous ne pouvons évaluer que des écarts, c’est à dire des mouvements, des changements ou plus précisément les productions d’une personne.

-         Toute évaluation est arbitraire dans le sens, où elle pourrait porter sur d’autres critères que ceux retenus.

 

Il est nécessaire de réfléchir sur ce que nous cherchons à évaluer[2]. Jean René Loubat dans son article a discerné deux grands domaines d’évaluation :

-         Celui d’une évaluation fonctionnelle. Nous situerons cet aspect du côté du quantitatif. Il s’agit de l’évaluation en quelque sorte d’hier, ne visant pas à apprécier l’efficacité du service rendu mais à améliorer l’organisation.

-          Celui d’une évaluation opératoire (du côté du qualitatif) « qui porte sur les effets produits par l’établissement en matière de service rendu auprès des populations bénéficiaires. Par exemple, à quels niveaux de résultats parviennent des établissements qui se proposent d’améliorer la santé d’une personne, de faire progresser ses modes d’expression, de lui faire acquérir des connaissances, d’accroître son confort, ou encore de l’accompagner dans sa vie quotidienne »[3].

 

L’évaluation se fait à plusieurs niveaux :

-         Celui de l’efficacité générale. Combien d’usagers par exemple ont bénéficié d’activités aquatiques cette année ?

-         Celui de l’efficacité particulière de l’établissement à l’endroit de chaque bénéficiaire ; une évaluation régulière s’impose dans le cadre de réunions de suivi de projet individualisé par exemple.

 

Si nous n’avons pas le droit de nous substituer aux points de vue et aux choix des bénéficiaires ; nous avons à chercher également à nous extraire d’une évaluation faite de ressentis et d’anecdotes, quelquefois positive mais souvent manquant de rigueur et aussi d’une évaluation qui s’effectuerait par le biais de grilles d’observations.

 

Après avoir tenté brièvement de clarifier « l’évaluation », nous nous intéresserons plus précisément la démarche d’évaluation des projets individualisés[4]. Aujourd’hui, la grande majorité des travailleurs sociaux ne conteste plus la nécessité d’une pratique d’évaluation. Nous avons compris que l’évaluation et le contrôle sont deux concepts distincts et que nous avons besoin de nous appuyer sur un certain nombre de résultats pour être fiable et entendue dans notre action sociale et éducative.

 

C’est dans cette perspective qu’il s’avère opportun de mesurer les écarts entre les objectifs et les résultats dans le projet individualisé. Sinon, celui-ci risque de devenir le parent pauvre de l’institution. Ce projet doit être construit et minutieusement évalué, si nous voulons qu’il reste aux fondements de l’action, et qu’il ne soit pas seulement un alibi , une déclaration d’intention mais une réalité vécue. Le projet individualisé pourrait se construire de cette manière et inclure l’évaluation :

INDICATEURS D’ETAT → INDICATEURS D’ACTION→ INDICATEURS DE RESULTAT     

Indicateurs d’état :

-         description de la personne

-          hypothèse d’action

-          objectifs retenus

Indicateurs d’action :   

-         programme

-         moyens utilisés

-         fonctions concernées

                        

Indicateurs de résultats :

-         acquisitions

-         stratégie de suivi

 

Cette démarche s’inspirant de celle proposée par Jacques Ladsous5 permettrait de voir plus clair entre objectifs, moyens et résultats. Ce qui constitue une étape nécessaire avant d’aborder l’étape d’évaluation.

 

La loi du 2 janvier 20026 (réforme de la loi de 75) nous indique la nécessité de l’évaluation dans notre secteur tant du côté de l’usager que du côté de la pratique des professionnels :

« Art. L.312-8 – Les établissements et services mentionnés à l’article L 312-1 procèdent à l’évaluation de leurs activités et de la qualité des prestations qu’ils délivrent, au regard notamment de procédures, de références et de recommandations de bonnes pratiques professionnelles validées ou, en cas de carence, élaborées, selon les catégories d’établissements ou de services, par un conseil national de l’évaluation sociale et médico-sociale, placé auprès du ministre chargé de l’action sociale ». En effet, cette loi conduit à une exigence de qualité qui implique en outre une auto-évaluation tous les cinq ans et une évaluation par un organisme extérieur tous les dix ans. 

 

Cependant, il serait peu utile d’établir des échelles référentielles applicables à tous pour répondre à ce texte de loi. Il convient de concevoir un outil d’évaluation spécifique adaptable à chaque usager.

 

Cet outil d’évaluation doit être adapté à la culture institutionnelle. Il faut tenir compte du fait que les professionnels se confrontent à une histoire qui a emmagasiné ou non des strates d’expériences et d’influences diverses. Ils se sont également confrontés à l’évolution des demandes et du cadre légal d’exercice. Même si nous sommes dans le domaine de la représentation : il est indispensable d’en tenir compte.

 

Cet outil d’évaluation ne peut pas se substituer aux outils de travail des cliniciens de métier, en particulier les tests cliniques traditionnels qui ont tous leur utilité et leurs défauts. Il ne vise ni une explication de l’organisation de la personne ni une mesure totalisante de sa personnalité. Il n’est pas un instrument de classification des personnes mais constitue une aide également pour les professionnels qui gravitent autour de la personne. Il sert également à se repérer dans nos pratiques professionnelles.

 

Le dispositif d’évaluation se décomposerait en plusieurs étapes :

-         stade descriptif

-         partie analytique

-         phase interprétative

-         propositions concrètes d’amélioration.

 

Dans le stade descriptif, il convient de mesurer qualitativement et quantitativement, de recueillir de l’information correspondant aux bilans, synthèses… Cela suppose d’avoir construit précédemment un ensemble d’indicateurs, de ressources.

 

La partie analytique :  pour réfléchir à ce qui aurait dû se passer. Quelle était la situation souhaitée ou attendue ? Cette phase suppose la construction a-priori – avant même que l’action débute – de normes, de référentiels :

-         indicateurs d’état

-         indicateurs d’action

-         indicateur de résultats.

 

Il s’agit du projet individualisé. Cette phase constitue un moment crucial ; celui où des professionnels et des usagers vont s’entendre sur la construction de référentiels pour élaborer le projet.

Une phase interprétative au cours de laquelle on compare les deux situations précédentes, celle qui était souhaitée et celle qui est observée. Les distorsions, les écarts font l’objet d’analyses, d’explications et de commentaires.

 

Enfin, ce constat n’a de sens que s’il débouche sur des propositions concrètes d’amélioration, quitte à remettre en cause le projet individualisé de départ.

 

Ces critères d’évaluation pourront être classés en trois catégories : l’évaluation des structures, des pratiques et des résultats :

L’évaluation des structures va rassembler les critères portant sur les moyens matériels et humains consacrés aux usagers et sur les processus de fonctionnement.

L’évaluation des pratiques professionnelles passe par la mise en œuvre de référentiels portant sur les différentes dimensions énoncées dans les tableaux précédents. Concrètement, il s’agit d’évaluer les examens cliniques, les traitements, le suivi des personnes, la qualité des gestes et des interventions et les techniques utilisées.

Enfin, étape la plus difficile mais aussi la plus probante : l’évaluation des résultats permet de mesurer les changements induits chez l’usager en terme d’état de santé, de qualité de vie, d’autonomie et de satisfaction.

Dès lors, la démarche évaluative est possible en ayant considéré ce processus dans son ensemble et l’ensemble des acteurs d’un dispositif de ce type.

La mise en place d’un dispositif de ce type ne pourra se faire que dans le respect du cadre légal et en tenant compte de la culture institutionnelle. En outre, ses repères seront définis par son adhésion à des principes éthiques et de bonne pratique.

La question de l’évaluation doit occuper une place privilégiée vis à vis des projets individualisés. A un moment donné, les équipes et plus encore les institutions doivent s’emparer de cette question. Une articulation est nécessaire entre projet individualisé et son dispositif d’évaluation et le projet institutionnel, lui même soutenu par le projet associatif… Ce lien est à penser et à construire. C’est en ce sens que le projet individualisé sera soutenu et qu’il ne se réduira pas à un simple énoncé d’une liste de procédures. Ce type de fonctionnement peut conduire le plus souvent à une perte d’implication et de confiance des acteurs.

Nous souhaitons préciser pour terminer que la mise en application d’un processus d’évaluation ne saurait suppléer la démarche éthique (conditions à mettre en œuvre pour respecter l’intérêt de la personne). De plus, les besoins et attentes de l’usager sont à la base du projet individualisé à la conception duquel ils doivent être associés et pourquoi ne pas évoquer avec eux l’évaluation ?

 

                                                                        Gyslaine Jouvet

                                                                        Cadre intermédiaire dispositif médico-social


[1] Projet individualisé défini dans les Annexes 24 – Circulaires du 30 octobre 1989

[2] LOUBAT Jean-René – « Evaluer la qualité des prestations de services sociaux et médico-sociaux » - In Les Cahiers de l’Actif – N° 288-291 -

[3] LOUBAT Jean-René – « Evaluer la qualité des prestations de services sociaux et médico-sociaux » - In  Les Cahiers de l’Actif – N° 288-291

[4] JOUVET Gyslaine – « La mise en œuvre d’une méthodologie d’évaluation des projets individualisés » - Epreuve DSTS – Mars 2001

5 LADSOUS Jacques – « De l’évaluation des projets personnalisés à celle du projet institutionnel » – In   Les cahiers de l’Actif – N° 288/291 – Page 52

6 Loi n° 2002-2 du 2 janvier 2002 rénovant l’action sociale et médico-sociale

 
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