Un arrêté du 30 mai 2005 du ministère de l'éducation nationale crée une spécialité « services de proximité et vie sociale » du bac professionnel. Proposer une formation qualifiante à des jeunes souhaitant faire leur métier de la relation humaine et sociale ne devrait susciter que des approbations. Il y là non seulement un évident « gisement » d'emplois, mais surtout des emplois qui peuvent permettre à des jeunes de donner sens à leur sensibilité, à leur générosité, à leur engagement dans la société et à leur vie. Cependant nous nous interrogeons fortement sur le chemin proposé pour cela. Ce bac doit répondre aux besoins de quatre secteurs d’emploi : « gestion des espaces ouverts au public », « gestion du patrimoine locatif », « activités de soutien et d’aide à l’intégration », « activités participant à la socialisation et au développement de la citoyenneté ». Des formations et des diplômes qui répondent à ces besoins existent déjà depuis de nombreuses années. Elles sont mises en place par des associations formatrices qui ont les inventées et qui sont issues de ces métiers, elles sont encadrées par des professionnels de terrain ayant acquis des compétences de formateurs, elles sont conduites en relation à la fois étroite et nécessairement distanciée avec les structures de terrain. C’est alors comme si n’existaient pas les diplômes de Conseiller en Economie Sociale et Familiale et d’Assistant de Service Social pour ce qui est des actions complexes de médiation et d’accompagnement de familles en difficulté en lien avec les bailleurs sociaux, les diplômes de Moniteur Educateur et d’Educateur Spécialisé pour l’accompagnement de publics en dérive, le Brevet d’Etat d’Animateur Technicien d’Education Populaire et son remplaçant le Brevet Professionnel Jeunesse Education Populaire et Sport pour les interventions d’animation collective en milieu ouvert. Il sera évidemment possible à des employeurs d’embaucher des futurs titulaires du bac professionnel à la place de ces diplômés du champ du travail social et de l’animation. Mais soyons clairs. De très importantes différences de compétences liées aux contenus abordés en formation et aux contextes même des formations feront que les jeunes titulaires du bac professionnel seront en grande difficulté professionnelle, donc personnelle, pour faire face à des responsabilités difficiles auxquelles ni leur âge, ni les contenus abordés en formation par des enseignants dont on ne connaît pas l’expérience pratique de terrain ne les auront préparés. Ceci d’autant plus qu’il est très probable que leurs situations professionnelles seront caractérisées par l’isolement et l’absence d’accompagnement par des travailleurs sociaux plus expérimentés. Il est alors à craindre que ces jeunes mis dans des situations trop difficiles pour eux compte tenu de leur âge et de leur expérience quittent ces métiers en étant aigris et désabusés. Dans le même temps, l’aubaine de ces jeunes rapidement formés et peu exigeants en matière de salaires et de conditions de travail risque de fragiliser l’embauche et les évolutions d’autres jeunes mieux formés, plus adaptés aux besoins des tâches à accomplir, mais plus exigeants. Alors que l’Etat se désengage de la formation des travailleurs sociaux et qu’il ne soutient pas celle des animateurs professionnels, laissant le financement des formations à la responsabilité des employeurs et des régions, cette offre de formation mise en place par le service public va générer une concurrence envers les centres de formation associatifs agissant par délégation de service public. Les centres de formation n’avaient pas besoin de ce mauvais coup dans la dynamique de fragilisation que la décentralisation leur fait vivre actuellement. Enfin, on peut s’étonner de l’absence totale de concertation avec les représentants des branches professionnelles du social et de l’animation que sont les syndicats de salariés et d’employeurs, de l’information sans débat faite à la Commission Professionnelle Consultative du ministère du travail, de l’emploi et de la solidarité, de l’absence de présentation à la CPC du ministère de la jeunesse et des Sports, de l’absence d’échanges préalables avec les associations nationales thématiques et les lieux d’élaboration collective tel le Conseil Supérieur du Travail Social. Une seule question est alors à l’ordre du jour : comment arrêter cette machine qui ne produit que des erreurs et qui risque de produire des échecs ? Nous ne voyons qu’une solution : la mise en sommeil de l’ouverture de cette formation prévue pour la rentrée scolaire 2005, le temps qu’une vraie concertation ait lieu avec tous les acteurs concernés. N’hypothéquons pas l’avenir ! Le jeudi 30 juin 2005 Contact CEMEA : François Chobeaux, directeur du département Pratiques et Politiques Sociales. 06 08 90 86 36
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