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Portrait : François Dubet Suggérer par mail
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socialFrançois Dubet est un sociologue proche d’Alain Touraine. Il est professeur à l’Université Victor-Segalen de Bordeaux 2 depuis 1994, et dirige les études en sciences sociales à l’EHESS (Ecole des Hautes Etudes en Science Sociale). Il est également membre de l’Institut Universitaire de France et de la Commission Thélot  qui travaille sur l’évolution du système éducatif. En 1999, il participe à la rédaction du rapport « Collège de l’an 2000 », remis au Ministre délégué à l’enseignement  scolaire, alors Ségolène Royal. Chercheur au Centre d'analyse et d'intervention sociologique (CADIS), il a publié :
 « La Galère » en 1987. L’un de ses principaux sujets d’étude est l’école. Il réalisa plusieurs ouvrages dont « Les Lycéens » en 1991, « Les Mutations du système scolaire et les violences à l’école » et « Sociologie de l’expérience scolaire » en 1994, « L’hypocrisie scolaire, pour un collège plus démocratique » avec Duru-Bellat, et «Pourquoi changer l’école » en 1999. Il réalisa  aussi plusieurs recherches sur le travail et les inégalités sociales à savoir : « Le pays contre l’état » en collaboration avec A. Touraine et de M. Wierviorka en 1981, « Le mouvement ouvrier » en 1984 avec les mêmes collaborateurs, « Immigration : qu’en savons nous » en 1989, « Les Quartiers d’exil » en 1992, « Dans quelle société vivons-nous ? » en 1996-1998, avec D. Martuccelli, « Le Déclin des institutions » en 2002 et « Les Inégalités multipliées »,  parut en 2004, aux éditions du Seuil.


Je place ici le travail d'un étudiant sur "Les Inégalités multipliées"
 

C’est ce dernier que j’ai choisit d’étudier, car il rassemble plusieurs de ses sujets d’études. François Dubet  y analyse le paradoxe de nos sociétés, à la foi  démocratiques et capitalistes. Il s’interroge sur la place de l’individu dans notre société moderne, ou économie et profit réduisent les chances d’une réelle reconnaissance sociale. Voici le résumé de l’ouvrage :

  • Les inégalités multipliées ou les épreuves de l’égalité :     Les sociétés modernes, y compris les plus libérales,  affirment l’existence d’un principe d’égalité des droits, des chances et des libertés entre les hommes. Malgré le fait que certaines inégalités ont semblé se réduire, d’autres se développent. Nous pouvons associer cela  au fonctionnement de notre système capitaliste qui l’emporte sur les principes égalitaires démocratiques. Les analyses actuelles sur ce sujet se limitent à une critique du système et de la mondialisation. Nous passons donc à côte de deux faits représentatifs : les variations salariales nationales, et les différents registres d’inégalités (revenus, conditions de travail, qualité de la vie, sécurité). Les individus apparaissent plus ou moins égaux selon les critères choisis. Nous devons donc analyser les inégalités « comme un ensemble de processus sociaux, de mécanismes et d’expériences collectives et individuelles ». Cependant,  nous acceptons certaines inégalités (performances scolaires).  Y aurait donc des inégalités plus acceptables que d’autre?  Nous aborderons cette problématique sociologique en y intégrant la dimension philosophique et politique.

  • La double face de la modernité : Dans les diverses représentations sociologiques de la modernité, nous pouvons dégager deux grands axes d’étude à travers les différents auteurs. Leurs contradictions nous dévoilent l’un des paradoxes de nos sociétés à la fois démocratique et capitaliste. Tocqueville associe modernité et égalité. Sa définition de l’égalité est un principe étendu à tous les individus au delà des inégalités sociales ou naturelles. Les individus sont de plus en plus égaux et les inégalités empiriques  cèdent le pas à des inégalités liées au mérite. Dumont, dans son « Essais sur l’individualisme », comparera les sociétés holistes et individualistes. Les premières considèrent les inégalités comme une hiérarchie naturelle, la seconde comme le résultat d’une compétition entre des individus égaux. Il y aurait donc de justes inégalités qui dépendraient de l’activité des individus, se reposant sur un principe d’égalité de base : la démocratie. Selon Marx, les inégalités sociales sont fondatrices de nos sociétés modernes. L’héritage des luttes des classes les a structurées, elles sont basées sur un système d’accumulation et engendrent des inégalités de répartitions des pouvoirs et des richesses. Cependant, d’après l’analyse de Durkheim dans « La division du travail social » les inégalités de classes seraient compatibles avec l’égalité des individus. Les conflits engendrés par les inégalités sont protégés par des droits sociaux et par une régulation politique (les syndicats). Il y a  compatibilité entre démocratie et capitalisme. De leurs contradictions dépendrait la dynamique sociale de nos sociétés.

  • Renversement de tendances ?  L’état providence est le modèle de la rencontre entre égalité démocratique et inégalités capitalistes.  De là naissent des conflits : la France traverserait  une crise depuis prés de  25 ans. Mais si certaines inégalités sont en hausses d’autres sont en chutes, cela varie selon les domaines et les critères choisis.  Prenons en compte l’élévation du niveau de vie et l’accès étendu aux études et aux soins. On peut constater « une moyennisation » de la société et une diffusion de l’égalité. Le capitalisme entraîne une consommation de masse et les médias ont leurs parts de responsabilités dans l’uniformisation des modes de vies. Mais si  on change de critères, on peut constater que l’égalité n’est pas homogène. La scolarisation est étendue mais les enfants d’ouvriers sont orientés vers les filières les moins rentables. La mutation du marché du travail a favorisé les inégalités. En effet, celui-ci s’est divisé à l’infini, d’emplois stables bien rémunérés à d’autres plus précaires. Cette division n’est pas seulement économique mais aussi socioculturelle. Le chômage touche les plus jeunes et les moins qualifiés. Les mutations dans nos sociétés industrielles ont fait ressortir divers secteurs : il y a les compétitifs (économiquement puissants), les protégés (fonctionnaires, politiques), et  les exclus (dépendant des politiques sociales, de l’économie informelle). Ils sont dominés par les deux autres secteurs et il y a aussi des inégalités au sein de chacun d’entre eux. Ce constat peut s’élargir à l’international en raison des délocalisations et  de la mondialisation; rendant difficile l’analyse actuelle, compte tenu des inégalités multiples et des différentes formes de domination.

  • Les inégalités multipliées : Nous assistons à l’émergence de nouveaux registres d’inégalités. Il reste par l’exemple des secteurs où les femmes n’ont pas leur place. De même qu’a travail égal, elles ne sont pas autant rémunérées que les hommes Il en est de même pour les inégalités ethniques. Si les immigrés s’intègrent dans la société française, cela n’empêche pas une hausse de la ségrégation (logement, emploi). La nouvelle génération  est assimilée culturellement mais se sent exclue : le regard de notre société les stigmatise, devenant ainsi des minorités culturelles et ethniques. Les jeunes sont le plus touchés par le chômage. Aux inégalités entre les classes d’âges s’ajoutent d’autres inégalités (de formations, de sexe). En ce qui concerne les inégalités collectives, il y a des inégalités entre les régions (santé, éducation, travail). La liste des inégalités spécifiques est très longue. En s’interrogeant sur leurs causes, ont peut définir un ensemble de facteurs. Elles sont le résultat des politiques sociales qui ont pour mission de les combattre. L’école est aussi une machine à reproduire les inégalités. L’éducation destinée aux plus favorisés est de meilleure qualité (enseignants plus qualifiés, moyens), remettant en cause l’équité du système scolaire. Or, cette équité dépend d’un ensemble de facteurs, de chances et des choix de chaque individu. Weber, en 1954, avait souligné le fait que la classe, le statut et le pouvoir, étaient autant de facteurs à analyser séparément afin de définir la situation des individus. On réalise qu’il avait vu juste. L’impact de la société industrielle, le maintient des barrières sociales et l’organisation de la vie politique rendent l’individu multiple et nous renvoient à la question de l’identité. Par la nécessité de s’exposer aux autres les individus se construisent une identité à partir de ce qu’ils sont et en fonction de l’interlocuteur et joue sur différents tableaux et registres d’inégalités (expériences personnelles). Toutefois les  plus pauvres rencontrent plus de difficulté à construire leur identité. On définit les individus en fonctions de leurs stigmates  et les médias y sont pour quelque chose. Ils aspirent a  être dans la « normalité » mais leur identification a cet idéal égalitaire reste difficile de part leurs situations. Submergé par une diversité d’inégalités,  les mouvements sociaux ont perdus de vue leur réel combat, celui de la lutte contre la plus grande des inégalités : l’exploitation. La force de la lutte s’est éparpillée  au gré des combats identitaires.

  • L’expérience sociale des inégalités : Nous constatons que les sociétés égalitaires sont les plus démocratiques. Etant moins pauvres, elles ont la capacité de se pencher sur les questions d’inégalités. Nous aspirons à des inégalités juste. L’individu aujourd’hui a l’obligation d’être libre. Liberté et égalité sont indissociables. Mais cette liberté a un prix, celui de la maîtrise de soi. Tout repose sur le mérite de chacun, d’où des inégalités acceptables car engendrées par une compétition entre des individus égaux. De l’écart entre l’envie d’être égal à l’autre et les inégalités réelles surgissent des épreuves mettant  en danger les individus, les voici : Avec la diminution de l’emprise politique et religieuse dans notre démocratie, les individus se tiennent responsables de leurs malheurs, c’est la conscience malheureuse. Elle conduit à un sentiment de culpabilité. Devant l’incompétence d’assurer cette égalité et d’être maître de sa destinée, le sujet s‘expose au mépris. Il ne se sent pas digne de sa liberté. Les intellectuels modernes qui prônent ce principe d’égalité ont plutôt tendance à promouvoir l’originalité individuelle. Les pauvres ne veulent pas qu’on les définisse comme des cas sociaux, mais comme individu : le mépris renforce la désocialisation. De ces sentiments naissent deux attitudes : le retrait d’un jeu qu’ils trouvent inégal ou la violence seul moyen a leurs yeux de briser ce jeu en conservant une bonne image de soi (la volonté de reconnaissance et de justice est primordiale).

  • Reconnaissance et identité : la mondialisation accentue le désir de reconnaissance identitaire. Avec l’étendue de la démocratie et des lois du marché nous vivons un paradoxe de l’égalité. Cela est vécu comme une atteinte à la dignité des individus, tenus responsables de leurs inégalités.
Le concept d’égalité n’enlève pas la place au mérite et à la diversité. Ainsi se définissent les nouvelles revendications égalitaires. Cela implique  reconnaissance et respect des individus quels que soient ses performances, sexe, ou origine sociale. Cependant la reconnaissance ne peut être un critère universel de justice et d’inégalité. Ce n’est pas une adaptation sociale et les sociétés dominantes n’ont pas à imposer un schéma d’égalité. Elle reste un idéal, un principe que l’on ne peut pas toujours adapter. Le respect est lié aux particularités de chacun, et reste subjectif. Or les principes d’égalité et de mérite sont objectifs. Le concept d’égalité selon Tocqueville reste une utopie sociopolitique. La reconnaissance ne peut être acceptée que si liée à une démocratie protégent les droits du sujet. Celle serait la synthèse des deux faces de l’égalité, favorisant ainsi autonomie et capacité des individus. En devenant multiple, l’égalité a divisé les inégalités, alors que certaines inégalités se réduisent, d’autres augmentent. C’est un ensemble complexe qui varie selon les critères d’analyses. Nos préoccupations doivent se centrer sur les inégalités injustes. En  se penchant  sur les l’expériences des acteurs sociaux, on constate que la question de l’identité et de la reconnaissance des individus est récurrente. C’est ce que nous allons traiter dans la partie discussion réflexion de mon travail :

    L’une des questions abordée par l’auteur qui a particulièrement retenu mon attention est celle de l’identité et de la reconnaissance des individus. A la fin de son livre il nous invite à regarder vers les mouvements sociaux. Ces derniers nous dévoilent une accentuation des revendications  identitaires. Plus le monde se globalise, plus il semble se diviser. Cette mondialisation s'accompagne d'une affirmation des identités. C’est ce que nous voir en première partie. Ce besoin de reconnaissance identitaire va  avec l'émergence d'un universalisme, c’est ce que nous allons voir en deuxième partie. Puis nous verrons pourquoi les minorités se sentent menacées par la mondialisation et par un universalisme démocratique.
     La demande de reconnaissance des individus et des groupes  serait " un besoin humain vital ", selon Charles Taylor .Pour chacun d’entre nous, le bien-être moral passe par la reconnaissance que les autres veulent bien nous accorder, dans notre vie sociale ou professionnelle. Mais dans la mesure où certains besoins de reconnaissance sont confrontés au mépris ou à la non reconnaissance de l’identité des individus, des conflits sociaux peuvent émerger. Aujourd’hui, avec la montée de l’individualisme et avec les échanges simplifiés et  fréquents entre  les cultures grâce à la diffusion des divers moyens de communication, la reconnaissance  est difficile car dans les compétitions les plus faibles sont écartée. Or la reconnaissance impliquerais le respect des individus quels que soient leurs performances, leur origine ou leur sexe .Des minorités nationales se forment, et revendiquent leurs identités afin de se protéger des inégalités produites par la mondialisation et l’uniformisation des modes de vies.

    Ces minorités se sentent menacées par le poids de la mondialisation capitaliste. Celle-ci les digère et impose son système marchand, dévalorise les cultures en imposant son modèle socioculturel et économique. Les inégalités de ce système capitaliste génèrent des conflits comme nous le montre l’exemple corse  ou serbe. Les plus pauvres, qui ne peuvent s’identifier au modèle « standard » de la société de  consommation, diffusé par une médiatisation massive se sentent frustrés par cette situation. Exclus, ils nourrissent un sentiment de culpabilité, ils se  tiennent responsables de leurs échecs, et ont une mauvaise image d’eux mêmes. Cette image leur est renvoyée par les médias qui aident à leur stigmatisation. De même qu’aujourd’hui tout se joue au niveau mondial.  Que se soit pour  la protection de la planète ou  pour l’économie. Le travail s’est aussi divisé  et dépend des délocalisations et du marché international. L’individu cherche de plus en plus sa place dans notre société moderne qu’il ne trouve plus à son échelle. 
  

     L’observation des mouvements sociaux nous montre à quel point les revendications identitaires ont augmentés. Ils  luttent contre l’application forcée du modèle démocratique, comme l’a souligné Tocqueville, pri en exemple par F Dubet. Cette dictature de la majorité dominante sue le reste du monde, fut ce la démocratie, est à l’encontre des désirs égalitaires d’une réelle démocratie.  Nous ne pouvons pas imposer un modèle, même si ses principes sont ceux  de la liberté et de l’égalité des individus, et s’il prône le respect des droits de l’homme. 
   
    C’est le refus d’un modèle de pensée unique qui pousse les individus  à revendiquer leurs particularités et  leurs identités. Les excès de la mondialisation ont entraînés des rapprochements communautaires comme les alter mondialistes ou les mouvements indépendantiste, et l’ont ressent un réel besoin de reconnaissance. Ces produits du choc entre capitalisme et démocratie nous pose la question d’une réelle égalité et liberté entre les individus.  La distance entre pays riches et pauvres s’est accentuée et il y a aussi une hausse des inégalités interne à chaque pays. Cela rend d’autant plus difficile l’analyse actuelle, de par l’étendue et la multiplicité des facteurs.
   
    L’analyse de François Dubet m’a beaucoup apportée sur le plan personnel et professionnel. Elle a enrichit mon vocabulaire et mes connaissances en sociologie. En élargissant ma vision sur le sujet des inégalités, elle m’a aidé à comprendre a quoi étaient confrontées les jeunes du Centre d’Hébergement et de réinsertion sociale où j’ai effectué mon stage de découverte professionnelle. Ces jeunes hommes âgés de 18 à 25 ans sont stigmatisés par notre société et le  regard qu’elle porte sur eux. De là  part un sentiment troublant de mépris comme l’a souligne l’auteur.  Ils sont animés d’un désir de reconnaissance de par leur précarité, ils ne peuvent s’identifier aux schémas de notre  société de consommation et se sentent exclus. De plus leur insertion n’est pas facilitée par leurs expériences de vies parfois violentes. Le repli communautaire peut être une solution à leur isolement, d’où l’émergence de fortes revendications identitaires actuellement. J’ai  compris grâce à la lecture de cet ouvrage qu’il fallait se battre sur divers tableaux afin de venir à bout des inégalités.  Cette analyse a stimulé ma réflexion car elle englobe des préoccupations d’ordre politique, sociale, et philosophique sur une problématique d’actualité. Nous rêvons tous d’une société égalitaire qui respecterait la liberté de chacun, mais cela reste un idéal, une utopie sociale et politique qui a toujours fait rêver les hommes, de Rousseau à Dubet.

 
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